LESS BUT BETTER?
ALBERTO ALESSI

Le monde ne finira jamais de m’étonner. Dans les palimpsestes précédents, j’étais fier du grand nombre de nouveaux projets que nous présentions, et voilà qu’un de nos vieux clients que j’affectionne le plus m’a écrit récemment en m’implorant de présenter moins de projets dans les nouveaux palimpsestes ! À vrai dire, ce client s’est fait le porte-parole d’un sentiment très répandu dans notre réseau commercial, qui estime, en prenant pour exemple les trois palimpsestes de 2010, avec leur centaine de nouveaux projets, qu’une telle quantité ne leur permet pas de gérer, de « faire voir » au mieux toutes les nouveautés. Il est vrai que la difficulté augmente en rapport à la surface moyenne de nos magasins, qui, nous le savons bien, est assez réduite et nous contraint parfois inévitablement à exposer les produits nouveaux au lieu des anciens produits (qui au contraire auraient besoin eux aussi de s’offrir à la vue).

À ce propos, mais sur un autre plan, celui du méta-projet, je me rappelle une discussion animée qui eut lieu il y a vingt ans à peu près, pendant un congrès à Capri, entre Enzo Mari qui protestait avec véhémence contre la prolifération des nouveaux projets, et Alessandro Mendini qui lui répondait timidement qu’on pouvait partiellement être d’accord avec lui, mais qu’à son avis il valait mieux avoir un peu de diarrhée qu’une constipation exagérée… Pour revenir à notre sujet, nous ne pouvons pas ne pas admettre ce malaise du réseau de distribution : au fond, il est vrai que les nouveautés d’une année comme 2010 auraient suffi pour nourrir non pas une mais deux ou trois entreprises de notre taille. Je pensais alors que la pression exubérante exercée par le monde du projet sur nos structures de design management était en quelque sorte un signe des temps, et donc qu’une abondance extraordinaire de nouveaux produits était une bonne chose. Un bref accent sur notre pratique de développement des nouveaux projets : nous recevons chaque année plusieurs milliers de propositions, nous les sélectionnons avec attention, en réduisant leur nombre à quelques centaines, et sur ces dernières commence l’activité proprement dite de développement, qui requiert ensuite entre un et deux ans, en fonction des projets, pour qu’ils soient prêts à être présentés au public. Normalement, parmi ces deux cents projets, un tiers est destiné à tomber pendant les phases de développement (à cause des difficultés d’ingénierisation, des coûts de production trop élevés, ou bien parce qu’en fin de compte ils n’atteignent pas le niveau esthétique qu’ils promettaient au départ). Le reste des projets est semé le long des palimpsestes en fonction de leur degré de maturité. En fin de compte, notre manière de sélectionner les projets n’ a jusqu’à présent pas sauvé plus de 5% de ceux qui nous sont proposés.

Ce que je voudrais faire maintenant est donc essayer de resserrer encore plus les mailles de la sélection, et nous concentrer uniquement sur les projets les plus prometteurs. Je vous confesse que je le regrette, car nous devrons dire non à un nombre encore plus grand d’auteurs. Mais je reconnais qu’il s’agit d’une décision qu’il est temps de prendre, pour le bien supérieur de notre organisation. Tout en espérant, bien sûr, que ce choix fera émerger des projets qui seront, si possible, d’une qualité encore meilleure, et qui in éresseront encore plus le public.

Qui vivra verra.

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